
{"id":41621,"date":"2023-06-16T15:23:09","date_gmt":"2023-06-16T13:23:09","guid":{"rendered":"https:\/\/castegnaro.lu\/?p=41621"},"modified":"2023-06-16T15:23:09","modified_gmt":"2023-06-16T13:23:09","slug":"stocker-des-photos-a-caractere-sexuel-sur-un-ordinateur-professionnel-est-il-une-faute-grave","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/stocker-des-photos-a-caractere-sexuel-sur-un-ordinateur-professionnel-est-il-une-faute-grave\/","title":{"rendered":"Stocker des photos \u00e0 caract\u00e8re sexuel sur un ordinateur professionnel est-il une faute grave ?"},"content":{"rendered":"<div name=\"module-insight-bloc-paragraph\" class=\"container-px-25 mt-30 paragraph-body-small lg:mt-20 lg:text-20\">\n    \n    <p>Au vu de l\u2019utilisation importante des outils informatiques dans les relations professionnelles, se pose fr\u00e9quemment la question de savoir si un employeur peut ouvrir un dossier contenu dans l\u2019ordinateur qu\u2019il a mis \u00e0 disposition d\u2019un salari\u00e9 et licencier le salari\u00e9 suite \u00e0 la d\u00e9couverte de son contenu.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel de Luxembourg a eu l\u2019occasion de nous rappeler les r\u00e8gles applicables en la mati\u00e8re, dans une affaire r\u00e9cente<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans cette affaire, une salari\u00e9e a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9e avec effet imm\u00e9diat pour une absence injustifi\u00e9e \u00e0 partir du 23 novembre 2020 et un enregistrement sur l\u2019ordinateur mis \u00e0 sa disposition pour l\u2019exercice de ses fonctions professionnelles de photos personnelles et notamment des photos de nature pornographique.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 la r\u00e9ception de sa lettre de licenciement, la salari\u00e9e a contest\u00e9 le bien-fond\u00e9 de son licenciement devant le tribunal du travail.<\/p>\n<p>Le tribunal du travail a jug\u00e9, en premi\u00e8re instance, que le licenciement de la salari\u00e9e \u00e9tait justifi\u00e9. Les juges ont notamment consid\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0<em>que la pr\u00e9sence de clich\u00e9s \u00e0 caract\u00e8re sexuel sur un ordinateur professionnel mis \u00e0 la disposition de la salari\u00e9e par son employeur au sein des locaux de l\u2019employeur est inconvenante et que ces clich\u00e9s sont incontestablement de nature \u00e0 heurter la sensibilit\u00e9 d\u2019une personne qui viendrait \u00e0 les d\u00e9couvrir de mani\u00e8re fortuite et \u00e0 susciter un malaise, rendant imm\u00e9diatement et irr\u00e9m\u00e9diablement impossible la poursuite de la relation de travail, ce d\u2019autant plus qu\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment du dossier ne permettrait de constater que ces photos auraient \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es sur un serveur externe et que leur acc\u00e8s aurait \u00e9t\u00e9 verrouill\u00e9 par un mot de passe.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La salari\u00e9e a fait appel de ce jugement en indiquant notamment que \u00ab\u00a0<em>la d\u00e9couverte de photos de quelque nature qu\u2019elles soient dans un dossier manifestement priv\u00e9 ne saurait valoir motif de licenciement\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel a alors rappel\u00e9, dans un premier temps, les r\u00e8gles et conditions d\u2019application de la protection issue de l\u2019article L.121-6 du Code du travail en cas d\u2019absence du salari\u00e9 pour cause de maladie (cette partie ne sera pas analys\u00e9e dans le pr\u00e9sent article) et dans un second temps, les conditions de validit\u00e9 d\u2019un licenciement avec effet imm\u00e9diat.<\/p>\n<p>A ce titre, elle a notamment rappel\u00e9 1) la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019employeur d\u2019\u00e9noncer avec pr\u00e9cision les faits fautifs reproch\u00e9s au salari\u00e9 et 2) a jug\u00e9 que le fait de sauvegarder des photos \u00e0 caract\u00e8re pornographique sur un ordinateur mis \u00e0 disposition par l\u2019employeur est suffisamment grave pour justifier un licenciement.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>N\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019employeur d\u2019\u00e9noncer avec pr\u00e9cision les faits fautifs reproch\u00e9s au salari\u00e9<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>La Cour d\u2019appel a rappel\u00e9 l\u2019importance pour les employeurs d\u2019\u00e9noncer avec la plus grande pr\u00e9cision les motifs de licenciement. En effet, \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9nonciation des motifs du licenciement doit permettre au salari\u00e9 licenci\u00e9 de conna\u00eetre exactement le ou les faits qui lui sont reproch\u00e9s, d\u2019appr\u00e9cier en pleine connaissance de cause s\u2019il est opportun pour lui de contester le licenciement, d\u2019emp\u00eacher l\u2019employeur d\u2019invoquer a posteriori des motifs diff\u00e9rents, ainsi que de permettre aux juridictions saisies d\u2019appr\u00e9cier la gravit\u00e9 du ou des reproches et de v\u00e9rifier que les griefs invoqu\u00e9s devant elles s\u2019identifient aux motifs notifi\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A ce titre, le tribunal avait estim\u00e9 que \u00ab\u00a0<em>les motifs de licenciement sont pr\u00e9sent\u00e9s dans la lettre de licenciement de mani\u00e8re claire et chronologique, alors que les circonstances de dates et de lieux sont renseign\u00e9es et les personnes qui sont intervenues dans le cadre des faits invoqu\u00e9s sont identifi\u00e9es<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel a jug\u00e9 que la lettre de licenciement indiquait de mani\u00e8re suffisamment pr\u00e9cise les motifs du licenciement, puisque ledit courrier pr\u00e9cisait que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019employeur avait eu besoin de photos enregistr\u00e9es sur l\u2019ordinateur professionnel de la salari\u00e9e\u00a0;<\/li>\n<li>en l\u2019absence de celle-ci, une collaboratrice, ayant recherch\u00e9 ces photos sur son ordinateur, avait ouvert un fichier et un sous-fichier dont les intitul\u00e9s (\u00ab <em>photos<\/em> \u00bb et \u00ab <em>fotos<\/em> \u00bb) ne r\u00e9v\u00e9laient aucunement le caract\u00e8re personnel des clich\u00e9s qui y \u00e9taient enregistr\u00e9s\u00a0;<\/li>\n<li>cette collaboratrice avait d\u00e9couvert une panoplie de photos de nature priv\u00e9e de la salari\u00e9e, dont quinze photos \u00e0 connotation sexuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>Le fait de sauvegarder des photos \u00e0 caract\u00e8re pornographique sur un ordinateur de l\u2019employeur est suffisamment grave pour justifier un licenciement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans cet arr\u00eat, la Cour d\u2019appel a jug\u00e9 que la pr\u00e9sence de photos \u00e0 caract\u00e8re pornographique sur un ordinateur mis \u00e0 disposition de la salari\u00e9e par l\u2019employeur \u00e0 des fins professionnelles, et dans un fichier non sp\u00e9cifiquement identifi\u00e9 comme priv\u00e9 par la salari\u00e9e, est incontestablement de nature \u00e0 heurter la sensibilit\u00e9 de toute personne et d\u00e9note un usage \u00e0 des fin priv\u00e9es de l\u2019outil de travail. De tels faits sont suffisamment graves pour \u00e9branler d\u00e9finitivement la confiance de l\u2019employeur.<\/p>\n<p>La Cour d\u2019appel pr\u00e9cise \u00e9galement que cela est d\u2019autant plus vrai du fait de l\u2019objet social de l\u2019employeur qui est de venir en aide aux victimes d\u2019infractions violentes, dont les victimes d\u2019infraction \u00e0 caract\u00e8re sexuel.<\/p>\n<p>En conclusion, cet arr\u00eat de la Cour d\u2019appel nous rappelle\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9noncer les faits fautifs du salari\u00e9 avec la plus grande pr\u00e9cision et de d\u00e9crire les circonstances qui sont de nature \u00e0 leur attribuer le caract\u00e8re d\u2019un motif grave\u00a0;<\/li>\n<li>Que la pr\u00e9sence de photos \u00e0 caract\u00e8re pornographique sur un ordinateur mis \u00e0 disposition du salari\u00e9 par l\u2019employeur peut \u00eatre suffisamment grave pour rompre la confiance de ce dernier et ainsi justifier un licenciement \u00a0;<\/li>\n<li>Que l\u2019employeur peut avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ordinateur mis \u00e0 disposition du salari\u00e9 absent, pour rechercher des documents dans des dossiers, dont les intitul\u00e9s ne rel\u00e8vent aucunement le caract\u00e8re priv\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La solution \u00e0 ce litige aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente si les photos en question avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es dans un dossier avec un intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Personnel\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0confidentiel\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Priv\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cour d\u2019appel, 9 f\u00e9vrier 2023, CAL-2022-00607 du r\u00f4le<\/p>\n   \n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"country":[],"class_list":["post-41621","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41621","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41621"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41621\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":41626,"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41621\/revisions\/41626"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41621"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41621"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41621"},{"taxonomy":"country","embeddable":true,"href":"https:\/\/castegnaro.lu\/de\/wp-json\/wp\/v2\/country?post=41621"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}